SORTIE A LA FORET DE MONTRAVAIL

mercredi 3 avril 2019.
 
C’est un massif forestier départementalo-domanial, situé à 250 m du niveau de la mer, sur les hauteurs de la commune de Sainte-Luce, il s’étend sur 75 hectares. A l’origine, c’était une forêt hygrophile à hygro-mésophile qui a été détruite soit par la déforestation, soit par des phénomènes naturels quelconques. Elle s’est reconstituée au fil des ans grâce à une régénération spontanée et aussi par l’intervention de l’homme.

La fraîcheur matinale nous caresse doucement le visage, tandis que les rayons du soleil traversent timidement les feuilles de ces grands arbres qui nous entourent. Quel mystère renferment-ils ? Nul doute un passé précolombien, comme le témoignent les roches gravées, à l’aide d’outils rudimentaires (les pétroglyphes), par les premiers habitants de l’île, les amérindiens. Nous ne les verrons pas, car elles ont été retrouvées sur un terrain privé.

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SCULTURE

Le parcours est aménagé pour l’agrément des visiteurs : carbets, tables de pique-nique, aires de jeux, toilettes. Il est aussi jalonné de sculptures monumentales réalisées par des artistes sur le thème de l’héritage. C’est la forêt détente ! A ce plaisir, nous ajoutons notre désir de visiter, de découvrir, d’observer cette végétation d’ombre et de lumière.

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GENIPA

Après avoir fait une halte devant un Génipa (Genipa americana) garni de fruits, nous empruntons un chemin bétonné accessible aux enfants et aux personnes à mobilité réduite. La fraîcheur nous accompagne, elle est entretenue par la rivière Man-Marie qui traverse la forêt d’Est en Ouest et par les petits cours d’eau, les ravines et les sources que l’on peut apercevoir par endroits.

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D’entrée, le décor est planté : des sentiers ombragés, de grosses roches, de grands arbres, des lianes qui s’enroulent sur les troncs et serpentent sur les branches, des épiphytes étonnantes, des fleurs sauvages aux couleurs vives et variées. Nous allons tenter de nous approprier cette nature, le temps de notre randonnée, en nous attardant sur quelques espèces représentatives.

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SENTIER

Dans cette forêt hygro-mésophile, la lutte pour la lumière est omniprésente, aussi, observe-t-on plusieurs strates de végétation.

Les arbres élancés et fins pouvant atteindre 30/35 m captent la lumière du soleil à loisir :

-   Le Châtaignier (Sloanea massonii), au tronc énorme, aux fruits ronds et durs recouverts de petites épines souples et rougeâtres.
-   Le Courbaril (Hyménaea courbaril) au bois très dur et très recherché en ébénisterie dont les feuilles se referment la nuit.
-   Le Mahot bleu (Hibiscus elatus) ses ravissantes fleurs jaunes foncent en s’épanouissant. Elles ressemblent à l’hibiscus et les feuilles sont en forme de cœur.

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SWIETENIA macrophylia
Mahogany à grandes feuilles avec fruits. Espèce caduque qui change de feuillage.

-   Le Mahogany grandes feuilles (Swietenia macrophylla) à croissance rapide, très connu pour son bois de qualité.
-  Le Bois Rivière ou Résolu (Chimarrhis cymosa), bois servant à la construction, avec des contreforts à la base.
-   Le Fromager (Ceiba pentendra), arbre extrêmement résistant et surtout très mystérieux.
-   Le Ficus petites feuilles (Ficus americana).

Les arbres dominés, de 10 à 20 m.

-  Le Genipa (Genipa americana), ses fruits occupaient une place très importante dans la tradition des amérindiens.
-  Le Bois canon (Cecropia schreberiana), arbre des forêts dégradées, tronc droit et lisse. On le reconnaît surtout à ses feuilles palmées en forme de main que l’on peut voir séchées sur le sol.
-   Le Corossol grand bois, (Guatteria caribaea), qui possède des fleurs verdâtres et des fruits « multiples » en forme d’étoile.
-  Le Bois la glue, (Sapium caribaeum), endémique des Petites Antilles, à latex abondant et corrosif.
-  Le Pois doux (Inga laurina) ses gousses contiennent une pulpe sucrée comestible.
-  Le Bois blanc (Simarouba amara), particulier avec son tronc blanc et ses fleurs blanches.
-   L’Olivier grand bois, (Buchenavia tetraphylla), qualifié d’arbre aux trésors.

Les petits arbres, de 6 à 10 m qui se contentent de peu de lumière.

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MICONIA mirabilis

-   Le Bois côtelettes (Miconia mirabilis), son tronc blanc côtelé était utilisé pour faire des coffrages en maçonnerie.
-   Le Mahot à grandes feuilles (Cordia sulcata) à fleurs nombreuses et blanches.
-  Les Merisiers (Myrcia citrifolia et splendens), petites fleurs blanches ou roses.
-   Le Goyavier bâtard (Myrcia deflexa), fleurs très blanches et très odorantes.

Des arbustes qui apprennent à vivre à l’ombre des plus grands.

-  Bois foufou (Palicourea crocea) fleurs en grappes rouges à orangé, fruits rouges ou bruns.

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PALICOUREA crocera

-   Fougère (Cyathea muricana), le faux tronc la maintient en position droite.

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CYATHEA muricana

-   Cassia alata, admirable avec ses fleurs en épis jaune-orangé qui ressemblent à une bougie.
-   Bois de l’ail (Cassipourea guianensis), la feuille a des odeurs d’ail.
-   Balisier (Heliconia caribaea), aux intonations rouges et oranges. Les grandes feuilles rubanées sont parfois plus hautes que l’inflorescence.
-   Café bois (Maytenus guianensis).
-   Graine bleue (Psychotria muscosa]

Viennent ensuite les Bambous (Bambusa vulgaris), aux tiges ligneuses de grandes longueurs, qui ne sont pas des arbres, mais des Poacées. Les Aracées (Anthurium palmatum) qui commencent comme des arbustes sur le sol et gravitent ensuite vers les troncs des arbres en déployant leurs larges feuilles. Et les lianes grimpantes qui s’appuient sur les écorces sans s’y fixer afin de monter vers la canopée ; leur abondance rappelle une longue chevelure et donne un aspect particulier de forêt dense.

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LIANE longues
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NAUTILOCALYX mellitifolius

Sur le bas-côté, nous remarquons l’herbe à miel (Nautilocalys mellifitolius), petite plante tapissante aux fleurs roses et au feuillage cuivré. Et aussi Marie-honte (Mimosa pudica), arbrisseau épineux très étonnant. Il replie ses feuilles au moindre effleurement et nous prenons plaisir à le taquiner, comme le ferait un enfant.

Après une courte pause dans une aire appropriée, nous reprenons notre marche le long de ce chemin aménagé. Nous apercevons à nouveau des sentiers ombragés aux sols tapissés de feuilles couleur orange/rouge. Nous remettons à plus tard l’accès à l’un d’entre eux car, comme par magie, au détour d’un virage, un majestueux Fromager (Ceiba pentendra) se dresse devant nous. Aussitôt, les séances photos se multiplient ! Considéré comme sacré dans de nombreuses régions du monde, il sert souvent d’arbre à palabres.

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Le Fromager CEIBA pentendra

Quelques Tillandsia utriculata, accrochés à son tronc, et à ses branches profitent de sa protection mystique et de sa belle exposition au soleil pour s’épanouir.

Nous optons pour une déviation à travers un sous-bois, mais très vite nous rebroussons chemin, l’accès est rendu difficile par la présence d’herbes couteaux (Sceria secans) assez hautes qui nous écorchent au passage.

HELICONIA caribaea (JPG)

Nous choisissons un autre sentier plus accessible, au parcours égayé par les fleurs pourpres du Mahot bleu, rouges des Balisiers et des Cannes d’eau (Costus spicatus), jaunes vif des Cassia alata et blanches des Pois doux. De belles broméliacées, Aechmea lingulata, Guzmania lingulata et Vriesea ringens en quête de lumière, étalent leurs longues feuilles et exhibent leur épi floral.

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VRIESEA ringens

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AECHMEA lingulata

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GUZMANIA lingulata

Les orchidées en symbiose avec les arbres se préparent à fleurir, tandis que les vanilles géantes qui embrassent les troncs risquent d’attendre en vain un oiseau pollinisateur.

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Parsemé de roches et de racines apparentes, le chemin du retour est plutôt ardu. Après des montées éreintantes, quelques éléments significatifs de la vie urbaine nous laissent comprendre que notre point de départ n’est plus très loin.

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